29.06.2007
La nouvelle dictature
Bien sûr, une insulte n'est jamais la bienvenue dans la vie politique. Bien sûr manquer de respect à une femme n'est jamais une bonne chose, même lorsqu'il s'agit de paroles dites en privé. Bien sûr que la phrase de Patrick Devedjian est inappropriée. Mais ce qui est le plus scandaleux, ça n'est pas ça.
Ce qui est scandaleux, c'est cette nouvelle dictature qui s'impose dans le débat politique : celle des petits films que chacun peut faire discrètement avec son téléphone portable ou des caméras plus petites que le point. Déjà, durant la campagne des régionales, Jack Lang avait été surpris en train de s'étonner d'une possible victoire des socialistes en l'absence totale d'un embryon de programme... Souvenez-vous, durant la campagne présidentielle, Ségolène Royale avait été piégée par ses propos sur le temps de travail des enseignants.
J'ai moi-même fait l'objet d'une tentative de détournement de mes propos durant la campagne des législatives. Aujourd'hui, c'est au tour de Patrick Devedjian de faire les frais de ces nouvelles méthodes dictatoriales. Parce que, désormais, le politiquement correct et la langue de bois seront de rigueur partout, dans toutes les conversations publiques et privées, et je le regrette.
Alors, oui, condamnons les insultes, bien sûr. Mais n'oublions pas les méthodes qui les ont amenées sur la place publique. Car au fond, une insulte n'a de valeur (négative bien entendu) que lorsqu'elle est publique, ou directement adressée à l'intéressé(e). Qui n'a jamais pensé tout bas quelque insulte à l'égard d'un personnage public ou privé ? Qui n'a jamais fait par d'un jugement de valeur excessif sur autrui sans pour autant aller lui dire en face ? D'ailleurs, n'est-ce pas pour ça que dans le code de déontologie des journalistes, il existe un "off" qui permet de leur dire des choses tout en leur interdisant de nous citer ?
Moralité, la première des courtoisies en politique, c'est aussi de respecter la publicité que les hommes et les femmes politiques entendent donner à leurs propos.
20:49 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Patrick Devedjian, dictature, telephone portable, insulte, démocratie


